Oui je sais, j’avais dit sur le chan que je ferai une chronique d’un skeud de jazz, mais comme c’est pas un jazz de puriste que je comptais vous présenter eh bien, je pense qu’il faut une étape intermédiaire entre une bande de p’tits keupons survoltés et la quintessence du jazz expérimental de ces vingt dernières années.
Et cette étape, c’est une galette de 1970. Un genre de musique d’anticipation que je classerai dans l’expérimental-fusion. Le contexte est là aussi : Fela Kuti a perfectionné son afrobeat particulier, la déferlante Beatles et sa musique riche et pleine d’ouvertures n’en finit plus, les Stooges ont sorti l’album culte « Fun House », Isaac Hays est aux portes du mythe (« Shaft » et sa B.O. légendaire, c’est 1971) sans oublier Jimi qui décède après avoir décomplexé et mis le feu à la planète blues… En un mot, 1970, musicalement parlant, au lendemain de Woodstock, c’est l’effervescence.
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Avant d’entrer dans le vif de la chronique, je tiens à prévenir pour ceux qui voudraient tenter l’expérience d’écouter que c’est un disque presque exclusivement instrumental et sans réel découpage theme-couplet-refrain et que ce genre de truc, tout le monde n’y est pas habitué, avec la flopée de singles formatés qui envahissent les ondes… Ainsi, malgré le côté décomplexé, ce n’est pas forcément une oeuvre facile d’accès. Le ton étant donné, place à un des grands « classic album » de l’histoire de la musique.
Ca démarre fort en plus, lors de la première écoute de cet album, je me souviens m’être demandé de quand cela pouvait dater : la production est très propre, et l’éventail musical très large. Cependant, on reconnaît bien l’empreinte caractéristique des 70’s, certains titres ont des allures de compositions de Santana, un genre de gros bordel orchestral qui a dû donner lieu à une bonne part d’improvisation en live et l’oeuvre éclectique de John McLaughlin (notamment le Mahavishnu Orchestra) ou démentielle de Zappa ont sûrement été impulsées par ces 8 titres.
En effet, c’est en 8 titres (ça paraît court, mais il y a près d’une heure de musique pourtant !) que l’orchestre britannique Demon Fuzz propose d’exposer sa vision originale et visionnaire de faire du bruit. Qu’il s’agisse de Blues (Le riff d’intro hendrixien de « Another Country », ou les orgues hammond de « Fuzz Oriental Blues »), de funk ( « I put a spell on You » et ses gimmicks guitare endiablés, « Disillusionned Man »), de jazz et de soul (La progression d’accords d’ « Hymn to Mother Earth ») ou encore de rock n’roll ( « Message to Mankind »), toutes les tendances de l’époque y passent, des dissonances indiennes ( « Past, Present and Future ») aux percussions africaines ( « Mercy [variation n.1] « ). Bien sûr, chacune de ces chansons est à elle seule un cocktail de toutes ces influences, mais il y a des dominantes.
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On en regrette presque que les guitares chaleureuses du blues tout puissant de l’époque n’aient pas un morceau où elles auraient été plus à l’honneur sur ce disque visionnaire, vu la période de sa conception. C’est peut être ce qui fait que le disque semble s’achever presque trop rapidement, mais puisqu’il est déjà dans la chaîne Hi-fi, qu’est-ce qui empêche d’appuyer de nouveau sur « lecture »…?
Des extraits disponibles ici, enjoy \o/